Le Signal du Crouesty
Le Port — 20.5.2026 · 7 min

Port Navalo : le phare qui garde la petite mer

Phare blanc à lanterne verte sur la pointe rocheuse au soleil couchant

Tout marin qui atterrit sur l’entrée du Golfe du Morbihan cherche le même repère : une tour blanche coiffée de vert, plantée sur sa pointe rocheuse comme une borne de partage des eaux. Le phare de Port Navalo ne garde pas seulement un chenal — il marque la frontière entre deux mondes nautiques, le Mor Braz du large et le Mor Bihan intérieur. Portrait d’un lieu qui condense mille ans de marine bretonne sur un kilomètre carré.

La pointe stratégique

La géographie décide de tout, ici comme ailleurs. La commune d’Arzon occupe l’extrémité de la Presqu’île de Rhuys, et Port Navalo en est la pointe ultime : le doigt de terre qui, face à Locmariaquer, pince l’entrée du Golfe pour ne laisser qu’un goulet de moins d’un mille. Toute l’eau de la petite mer passe devant sa plage deux fois par jour, dans un sens puis dans l’autre, avec des courants qui comptent parmi les plus forts d’Europe.

Une position pareille ne reste jamais vide. Le toponyme même — Navalo — entretient le débat chez les érudits locaux, certains y lisant un écho lointain d’activités navales remontant à l’Antiquité. Ce qui est documenté sans débat : des siècles de pilotage, de cabotage et de pêche, une anse-refuge utilisée bien avant l’invention de la plaisance, et un bourg tourné vers la mer par vocation plutôt que par choix — les régates s’y courent depuis le XIXe siècle.

Le phare et son travail quotidien

Le phare actuel — la tour blanche au sommet vert que photographient tous les équipages en escale — remplit une mission d’une simplicité biblique : dire aux navigateurs où se trouve l’entrée de la petite mer, de jour par sa silhouette, de nuit par son feu. Pour le voilier qui arrive du Mor Braz, il est le point de bascule : à son travers, on quitte le monde de la houle et des horizons pour entrer dans celui des courants et des îles.

Les habitués le disent volontiers : peu de phares français ont un « métier » aussi particulier. Il ne signale ni un danger isolé ni un grand cap d’atterrissage, mais un seuil — le moment précis où la navigation change de règles. D’un côté, on borde pour le clapot de la baie ; de l’autre, on cale sa montre sur l’annuaire des marées.

L’anse, le sémaphore des villages

Sous le phare, l’anse de Port Navalo offre son plan d’eau abrité aux mouillages de beau temps, sa plage aux familles et sa cale aux activités nautiques du bourg. C’est un port à l’ancienne échelle — quelques corps-morts, des annexes tirées au sec, la vedette qui dessert les îles — qui vit en contrepoint de son grand voisin : à vingt minutes de sentier côtier, le Port du Crouesty aligne ses quelque 1 400 anneaux et ses chantiers. Les deux se complètent comme le bourg et la zone d’activité : l’âme d’un côté, les moyens de l’autre.

Le sentier qui les relie mérite à lui seul l’escale. Vers l’ouest, il grimpe au belvédère du Petit Mont, où un cairn mégalithique vieux de plus de cinq mille ans surveille le Mor Braz — les jours de régate, c’est la meilleure tribune naturelle de la région. Vers l’est, il déroule la côte de Rhuys, ses criques et ses pins jusqu’aux plages de la presqu’île.

Ce que voit le phare aujourd’hui

Le trafic qui défile devant Port Navalo raconte la Bretagne maritime contemporaine : vedettes à passagers vers l’Île aux Moines et l’Île d’Arz, voiliers de croisière calant leur passage sur l’étale, sinagots aux voiles rouge brique sortis pour les fêtes maritimes, flottes de monotypes en transit vers leurs parcours du Mor Braz, ostréiculteurs au travail dans les parcs de la rivière voisine.

Les grands rendez-vous nautiques passent aussi par son travers : les équipages du Mondial J/22 de 2012 comme les flottes du Grand Prix du Crouesty ont tous, un jour de juin ou de Pentecôte, doublé la tour blanche et verte en route vers la ligne de départ. Le phare, imperturbable, a regardé passer tout le monde — c’est son métier depuis toujours.

Une journée à Port Navalo, mode d’emploi

Pour le visiteur — qu’il arrive par la mer ou par la route —, le lieu se déguste en une journée bien composée.

Le matin, la pointe. Départ par le sentier côtier depuis la plage, montée vers le phare et tour de la pointe : vue plongeante sur le goulet et son courant, table d’orientation naturelle sur Locmariaquer et l’entrée de la petite mer. Aux grandes marées, le spectacle du jusant en pleine puissance — cette rivière de mer qui court entre les pointes — vaut à lui seul le déplacement.

À la mi-journée, le bourg. Port Navalo garde une échelle de village : quelques rues, des maisons de granit tournées vers l’anse, les terrasses au-dessus de la cale — une étape que les guides de Morbihan Tourisme rangent parmi les incontournables de la presqu’île. C’est l’escale déjeuner naturelle, avant la traversée du bourg d’Arzon vers l’autre rive.

L’après-midi, le Petit Mont. Compter une heure et demie pour le promontoire et son cairn : cinq mille ans d’architecture mégalithique posés sur le plus beau belvédère du Mor Braz. Les jours de régate, on y suit les flottes comme d’une tribune ; les autres jours, on y lit la géographie complète du plan d’eau, d’Houat à la Presqu’île de Quiberon.

Le soir, le grand port. Retour par le sentier vers le Port du Crouesty et son front de quai animé à l’année — la boucle complète fait une petite randonnée côtière que les habitués considèrent, à juste titre, comme l’une des plus belles promenades maritimes de Bretagne Sud.

Repères

À quoi reconnaît-on le phare de Port Navalo ?
Une tour blanche au sommet peint en vert, plantée sur la pointe de Port Navalo à Arzon. Elle marque l'entrée du Golfe du Morbihan côté est.
Peut-on mouiller dans l'anse de Port Navalo ?
Par beau temps établi, l'anse offre un mouillage agréable hors du courant du goulet. Attention à l'évitage serré près des corps-morts et au trafic des vedettes à passagers.
Comment rejoindre Port Navalo depuis le Port du Crouesty ?
Par le sentier côtier, en une vingtaine de minutes de marche — l'une des plus belles promenades courtes de la presqu'île de Rhuys.
Qu'est-ce que le Petit Mont ?
Un promontoire voisin portant un cairn mégalithique de plus de 5 000 ans, avec une vue dominante sur le Mor Braz — le meilleur point d'observation des régates locales.